The Hooligans
White Rabbit Gallery
Au premier étage de la White Rabbit Gallery, dans un espace baigné d’une lumière rose, une étendue de sable se déploie, évoquant le souvenir d’un été au bord de l’eau. Les photographies d’un ciel azur où dansent des nuages rappellent les paréidolies de l’enfance. Plus loin, un néon scintillant court le long du mur. Sur cette enseigne lumineuse, des mots acidulés jaillissent : « RIEN DE CE QUE NOUS AVONS FAIT N’AURAIT PU SAUVER HONG KONG TOUT CELA N’A SERVI À RIEN ». La phrase, martelée comme un slogan, rompt avec la douceur ambiante : Samson Young nous ramène à la réalité. À celle de la plage de Stanley en particulier, réputée pour sa beauté, dont on oublie trop souvent le destin tragique pendant la Seconde Guerre mondiale. Stanley fut en effet un camp d’internement dont l’artiste ravive ici la mémoire. Sur les photographies du ciel, des inscriptions griffonnées à la main, dans un geste répétitif, presque obsessionnel, rendent hommage au « Day Joyce Sheet », un drap confectionné clandestinement, orné de noms, de symboles et de figures, et peuplé de témoignages secrets de la vie dans le camp.
À travers une riche sélection d’œuvres contemporaines d’artistes chinois et hongkongais, le commissaire David Williams interroge les dérives du pouvoir, de la souveraineté et du capitalisme en Chine. Alors que le gouvernement mène depuis l’ère Mao la guerre contre les hooligans – terme désignant celles et ceux qui ne rentrent pas dans les cases que l’État leur impose –, les artistes ont toujours trouvé les moyens de contourner les règles, d’enfreindre les lois et de briser les codes. Aux différentes formes de censure et d’oppression (patriarcale, économique, environnementale), plus de trente artistes répondent avec courage. L’exposition se déploie sur les quatre niveaux du centre d’art fondé par la philanthrope Judith Neilson, qui y met à l’honneur l’art contemporain chinois du 21e siècle depuis sa création en 2009.