Les archives résident dans le corps, l’âme et l’esprit
Dans la salle des turbines de la White Bay Power Station, un immense baobab blanc émerge, inattendu. Drapé de voiles de coton, il semble flotter en apesanteur, malgré sa hauteur vertigineuse – ses branches effleurent le plafond depuis le deuxième étage. Est-ce un mirage ? Le visiteur, intrigué, s’avance à pas feutrés vers l’arbre ancestral. Nikesha Breeze (née en 1979), tout de blanc vêtue, nous invite alors à en franchir le seuil.
On pénètre dans l’installation comme dans un sanctuaire, le cœur ouvert à l’introspection et à la contemplation.
On déambule, on s’attarde, on prête l’oreille aux récits de celles et ceux dont l’artiste ravive ici la mémoire. Puis vient l’attente, un temps suspendu, dans le calme offert par l’arbre millénaire, à l’écart du tumulte de la biennale. La lumière y est douce.
À la sortie, les voix d’anciens esclaves affleurent dans un murmure à peine audible. Il faut s’approcher, presque
se recueillir, pour en saisir quelques fragments. Dans une cabane de bois, photographies, journaux, vaisselle et autres meubles semblent retenus hors du temps, comme abandonnés à dessein. Plus loin, des visages surgissent, souverains, sur d’immenses cyanotypes imprimés sur des lés de coton.
Un chant s’élève, bientôt rejoint par des percussions. La performance vient de commencer. Ici, les archives
ne se lisent pas – elles se traversent et se ressentent.


