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Drama 1882

Museum of Contemporary Art

Museum of Contemporary art
Wael Shawky, Drama 1882 (2024), vue de l’exposition Wael Shawky, Drama 1882, Musée d'art contemporain d'Australie, 2025, installation vidéo 4K, son, couleur, effets spéciaux. Photo : Hamish McIntosh © Avec l’aimable autorisation de l’artiste, de Sfeir-Semler Gallery, Lisson Gallery, Lia Rumma, Barakat Contemporary et le Musée d'art contemporain d'Australie.

Il y a des œuvres que l’on peut revoir indéfiniment sans jamais se lasser. Les films de Tarantino, par exemple, font partie de celles que l’on redécouvre à chaque fois ; leurs intrigues ne s’épuisent jamais, malgré les visionnages répétés. Il en va de même pour les opéras de Tchaïkovski, dont la virtuosité fascine et émerveille, mais jamais ne fléchit. Que dire des livres d’Annie Ernaux ou de Marcel Proust, dans lesquels on se réfugie tant de fois ? Et puis il y a celles de Wael Shawky qui, pareilles à nulle autre, puisent tout à la fois dans les registres du théâtre, de l’opéra, de la performance et du cinéma.

À la Biennale de Venise en 2024, nous avions découvert non sans émerveillement Drama 1882, une installation théâtrale présentant la projection d’un opéra en arabe classique, mis en scène, chorégraphié et composé par Shawky lui-même. Cette année, c’est avec un plaisir intact qu’on la retrouve dans les espaces du musée d’Art contemporain de Sydney.

L’œuvre retrace l’histoire d’Ahmed Urabi, paysan et figure du mouvement nationaliste égyptien, qui mena la révolte contre la domination coloniale
entre 1879 et 1882 afin de rendre au peuple son pays. Les différents tableaux de la pièce dévoilent un décor architectural artificiel et monumental dans lequel les personnages, vêtus de costumes éclatants, évoluent avec lenteur, comme pris dans une peinture en mouvement. Envoûtantes, leurs voix s’élèvent – tantôt solistes, tantôt chorales – tandis que leurs visages demeurent figés, à la fois hypnotisants et hypnotisés.
À travers cette œuvre, Shawky dissèque le passé et pose une question essentielle : que faire des récits restés dans l’ombre d’une Histoire façonnée par les puissants ? Une œuvre dont la beauté n’a d’égal que la complexité, à voir et à revoir.