Fabulations
collectives
La mémoire
du peuple
On se souvient de l’émotion profonde que nous avait procurée notre rencontre avec l’œuvre de Bouchra Khalili à la Biennale de Venise, en 2024. Elle y présentait The Mapping Journey Project, un travail conçu sur plusieurs années, entre 2008 et 2011, pour lequel elle avait recueilli les témoignages de ceux dont la vie fut marquée par des trajectoires de déplacement forcé. Huit vidéos filmées en plans fixes, avec la carte pour seul motif, déjà omniprésente dans l’œuvre de l’artiste. Mêlant le geste à la parole, les participants retraçaient sur celle-ci leur parcours de migration, faisant apparaître la carte comme un espace de résistance « autre » capable de transcender les frontières.
L’année suivante, Bouchra Khalili signait la préface de notre deuxième numéro avec le récit poignant de son expérience à la Biennale de Sharjah, tandis qu’un autre de ses motifs, la constellation, infusait l’ensemble de la revue.
Cette année, nous la retrouvons à Sydney, où elle présente deux des trois chapitres qui composent The Circle Project, un travail mené depuis plusieurs années sur l’histoire oubliée du Mouvement des travailleurs arabes (MTA) et de ses troupes de théâtre, Al Assifa et Al Halaka. Ni tout à fait documentaire ni tout à fait fiction, son œuvre s’articule, ici encore, comme une constellation de récits où se croisent différentes générations et géographies. Théâtre dans le théâtre, l’œuvre de Bouchra Khalili parle tout à la fois de l’importance des histoires orales, de la poésie et des liens communautaires dans une lutte pour l’égalité des droits. À l’heure où nos acquis semblent se fissurer de toutes parts, elle résonne aujourd’hui plus que jamais.


