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BIENNALE
DE
SYDNEY

BIENNALE DE SYDNEY
MODE D'EMPLOI EXPRESS

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MODE
D'EMPLOI
EXPRESS

Publié le 14/05/2026

Il était une fois Sydney

Créée en 1973 à l’initiative de Franco Belgiorno-Nettis, la Biennale de Sydney est l’une des plus anciennes biennales d’art contemporain au monde – souvent présentée comme la troisième après Venise et São Paulo. Elle naît d’un objectif
clair : rompre avec la « tyrannie de la distance » qui isole l’Australie des grands centres culturels, et inscrire Sydney dans une cartographie artistique internationale. Dès ses débuts, elle s’éloigne du modèle vénitien en refusant la compétition entre les nations et les artistes au profit d’un format plus horizontal. Son histoire est jalonnée de débats –  sur la représentation, les financements, la décolonisation  – et de tournants majeurs : des boycotts de 2014 à la nomination de Brook Andrew en 2020, premier directeur artistique autochtone de la biennale. L’historien de l’art Anthony Gardner revient sur les origines et les mutations qu’a connues la Biennale de Sydney p. 10.

Scène globale, public local ?

Depuis sa création, la Biennale de Sydney se distingue par un choix politique fort : l’entrée y est gratuite. Aujourd’hui pensée comme un événement public autant qu’une plateforme internationale, elle s’adresse d’abord aux habitants de la métropole. Cette attention se lit dans sa géographie : aux côtés des grands sites du centre-ville, comme l’Art Gallery of New South Wales et la White Bay Power Station, elle investit également le Campbelltown Arts Centre et la Penrith Regional Gallery, deux lieux majeurs situés dans les quartiers de l’ouest de Sydney, souvent éloignés des circuits culturels traditionnels. Une biennale ancrée dans son territoire, autant que tournée vers le monde. À lire aussi : l’essai de Shivanjani Lal, un récit intime sur son apprentissage artistique, façonné par une enfance à West Sydney, p. 40.

Rememory

Le titre de cette 25e édition emprunte à l’autrice africaine-américaine Toni Morrison le terme rememory, forgé dans son roman Beloved (1987) pour désigner une mémoire qui ne reste pas confinée dans le passé, mais continue d’agir dans
le présent – dans les corps, les lieux et les imaginaires. À Sydney, ce concept sert de cadre pour penser ce qui persiste : histoires coloniales, violences, transmissions, héritages non résolus. Mais il ouvre aussi une projection vers l’avenir : comment raconter autrement, réparer, déplacer les récits dominants et inventer de nouveaux horizons depuis des mémoires longtemps marginalisées ? Rememory fonctionne ainsi comme un fil rouge, à la fois critique et prospectif, qui traverse les œuvres et la pensée artistique de la biennale.

Premières Nations

En Australie, on parle de First Nations [Premières Nations] pour désigner l’ensemble des peuples autochtones – au pluriel, car il ne s’agit pas d’un seul peuple, mais d’une mosaïque de nations, chacune avec ses langues, ses territoires et ses histoires. Il inclut les Aborigènes de l’Australie continentale [Aboriginal Australians] et les Insulaires du détroit de Torres [Torres Strait Islanders], culturellement distincts, mais regroupés sous la même appellation First Nations. Parmi de nombreux exemples, citons les Gadigal, du peuple Eora, qui sont les Traditional Owners [gardiens ancestraux] du territoire de Sydney, ou les Anangu, qui regroupent plusieurs peuples du désert central. Les Yolngu, quant à eux, vivent dans le nord du pays. Sans repères, le nombre et la diversité de ces peuples peuvent sembler vertigineux. La carte interactive de l’AIATSIS (aiatsis.gov.au) offre un excellent point d’entrée pour se familiariser avec ces nations et leurs territoires.

We acknowledge…

« We acknowledge the Traditional Owners of the land and pay our respects to Elders past, present and emerging ». En Australie, cette phrase est partout : musées, universités, événements publics, sites institutionnels  – y compris celui de la Biennale de Sydney. Une manière de reconnaître les peuples autochtones comme gardiens ancestraux du territoire. Il n’existe pas d’obligation légale de l’utiliser : c’est une pratique issue des politiques de réconciliation, devenue un standard dans l’espace public et culturel. Sa répétition dit une chose essentielle au visiteur : en Australie, l’histoire coloniale n’est jamais bien loin. C’est une réalité omniprésente, sans cesse rappelée, discutée et contestée.

The First Nations Curatorial Fellow de la Fondation Cartier pour l’art contemporain

Pour cette édition, la Biennale de Sydney s’appuie sur un commissaire en résidence : Bruce Johnson McLean, membre du peuple Wierdi de Wribpid et figure majeure des scènes artistiques autochtones en Australie. Il a notamment été Assistant Director of First Nations à la National Gallery of Australia et Curator of Indigenous Australian Art à la Queensland Art Gallery | Gallery of Modern Art (QAGOMA). À la Biennale de Sydney, il assure un rôle de conseil curatorial, d’accompagnement des artistes et de médiation culturelle, avec une attention particulière aux enjeux de souveraineté, de représentation et de cultural care [soin culturel]. Nous avons eu la chance de discuter avec lui de sa vision et des enjeux de cette 25e édition dans un entretien à retrouver p. 46.

The Voice

Si l’on vous parle de The Voice en Australie, il ne s’agit pas de l’émission de télévision, mais d’un référendum historique organisé en octobre 2023. Il visait à modifier la Constitution afin de reconnaître officiellement les peuples des Premières Nations, et favoriser leur autodétermination politique par la création d’un organe consultatif chargé de les représenter auprès du Parlement. Rejeté par près de 60 % des électeurs, l’échec de ce référendum met en lumière la persistance des fractures coloniales et les limites d’une reconnaissance symbolique autant que politique. Depuis, le terme voice est devenu l’un des plus chargés du débat public australien – un élément clé pour comprendre la position des artistes, des institutions et de la Biennale de Sydney.