All the World’s Memories
UNSW Galleries
Des rangées de boîtes blanches, soigneusement alignées sur des étagères en acier, longent les murs, dans l’attente d’être consultées. Toutes se ressemblent, parfaitement symétriques. Aucune inscription, aucune étiquette ne permet d’en deviner le contenu. On se rapproche, curieuse de savoir ce qu’elles renferment. Il n’en est rien. Les boîtes n’existent pas réellement ; elles ne sont que la représentation en deux dimensions de boîtes d’archives. Une fiction.
En réalité, seule une peinture minimaliste, réalisée à l’ocre blanche et au fusain, occupe le mur de la galerie. Intitulée Consigned to Oblivion, l’œuvre de Matthew Harris interroge ce que nos musées font aux cultures qu’ils (r)enferment – aux cultures aborigènes en particulier, qu’ils ont privées de leur patrimoine et de leur dignité, allant jusqu’à conserver leurs restes humains. L’artiste met ainsi au jour les mécanismes de classification, de confiscation et de contrôle du savoir qui régissent les institutions occidentales.
En 1956, Alain Resnais réalisait Toute la mémoire du monde, un court-métrage explorant les coulisses de la Bibliothèque nationale de France, engagée dans une entreprise – déjà vouée à l’échec – de conserver tout le savoir humain. C’est de cette référence que l’exposition, organisée à l’université de Nouvelle-Galles du Sud, tire son inspiration. À travers les œuvres de dix artistes australiens et néo-zélandais, elle explore les formes et les limites de la mémoire intime et collective, interrogeant ce qui est conservé, ce qui disparaît et ce qui est délibérément tenu à l’écart. Leurs travaux entreprennent d’en recomposer les fragments, par agrégats et connexions : une ode à la fragilité, dans laquelle le lien humain constitue un fil conducteur.