Né sur la réserve indienne de Standing Rock dans le Dakota du Nord, Cannupa Hanska Luger est membre des tribus Mandan, Hidatsa, Arikara et Lakota – identités qui nourrissent profondément son travail. Artiste installé au Nouveau-Mexique, il déploie une pratique étendue – installations monumentales, sculpture, performance, édition ; son travail déjoue toute assignation disciplinaire. On se souvient de sa présence à la Biennale du Whitney en 2024, avec cette grande forme de tipi inversée suspendue dans l’espace, qui renversait un archétype immémorial pour en éprouver la charge symbolique et spatiale. On le découvre aussi, avec surprise, à travers les performances filmées qu’il partage sur ses réseaux sociaux. Il met en scène des histoires captivantes qui mêlent figures ancestrales et récits prospectifs. Dans la vidéo New Myth (2021), par exemple, deux personnages traversent le désert comme des guerriers mythiques, vêtus de costumes singuliers qui évoquent simultanément les traditions anciennes et une science-fiction indigène : leurs actes, leurs armures, leurs mouvements racontent des histoires de survie et de rapport au monde.
Au cœur de ce travail pluridisciplinaire, un geste demeure central : la poterie. C’est un moyen pour l’artiste de faire advenir des choses qu’il ne pourrait pas produire autrement. Modeler la terre lui offre une échelle, une plasticité, une capacité de transformation qui ouvrent le champ de l’action. « J’utilise presque toujours la céramique dans ma pratique. C’est un matériau avec lequel j’ai développé suffisamment de savoir-faire, et qui me permet d’accomplir de mes mains des choses que je devrais autrement confier à d’autres. » Travailler l’argile, c’est aussi engager une relation directe avec un matériau porteur d’une histoire collective et d’une mémoire d’usage : présente dans toutes les régions du monde, façonnée par des cultures qui ne se sont parfois jamais rencontrées, cette matière modelée constitue un langage partagé, immédiatement identifiable par celles et ceux qui la manipulent. Chez l’artiste, la céramique agit comme une technologie humaine ancienne capable de relier des temporalités, des territoires et des cosmologies distinctes. « Partout où je voyage, ma relation aux lieux et aux personnes passe par l’argile. Il suffit de regarder les mains : les mêmes doigts épaissis, marqués par la terre. On se reconnaît tout de suite. »
Le projet présenté à la Biennale de Sydney s’inscrit dans cette dynamique, celle d’une recherche menée dans le temps et à travers différents lieux. Cannupa Hanska Luger reprend un travail déjà expérimenté ailleurs et le fait évoluer dans un nouvel environnement. L’une des premières itérations de cette œuvre a pris place dans un théâtre, un espace pensé pour écouter et voir où l’architecture accompagne la circulation de l’air et la résonance du son. Cette expérience a joué un rôle fondateur : elle a montré, de manière très concrète, comment une forme en céramique conçue comme un instrument à vent pouvait remplir un vaste espace par le son qu’elle produit. Depuis, cette idée continue de se développer, chaque nouvel environnement venant enrichir la question initiale.